6 juin 2012

HANNI EL KHATIB À LA CIGALE


Jalouse Rocks !

On le présente comme un californien nourri aux cocktails molotov et au skateboard. On ne saurait mieux dire. Hanni El Khatib a réussi un pari osé, faire de son exigence musicale son maître mot. Ayant cherché un batteur sans jamais vraiment être emballé par un musicien, il décide d'être son propre groupe, sa guitare électrique qui tâche, lui, et un batteur.
À la Cigale, Hanni El Khatib était en formation groupe, à trois, un guitariste (aux claviers parfois) en plus. On savait que les bassistes ne servaient pas à grand chose, il a su, l'autre soir, nous le prouver !


Le public se masse dans la fosse. Les gens, un peu timides pendant les premiers concerts du soir, The Dough Rollers et The Virgins, sortent leurs âmes de rockeurs, leurs signes démoniaques (je fais les cornes de Satan avec mes doigts). Bref, Hanni El Khatib entre sur scène, au premier titre on prend déjà une baffe. Hanni El Khatib est un homme, un mec, de scène, pas plus d'un titre pour se chauffer.
Ça sature, ça crache, le son est tellement fort en émotions, la voix se distord, El Khatib s'amuse à surprendre. Ils savent nous emporter de leur rock garage, teinté blues, mais quand même plus garage ! La musique est néanmoins raffinée, les titres de l'excellent Will The Guns Come Out, prennent une énergie bluffante sur scène, à chaque titre la barre monte d'un cran (d'arrêt sûrement, El Khatib aime ce type de couteaux, il paraît).

Ce fils d'immigrants palestiniens et philippins est simplement un monstre de scène, maltraitant avec amour sa guitare vintage, recoiffant sa mèche moite à chaque fin de titres, souvent coupés brusquement, comme El Khatib aime à le faire.


Pas de fioritures, les morceaux sont courts et efficaces, enchaînant des riffs géniaux. Le set paraissant parfois bordélique (le rock donne cette impression parfois) est pourtant millimétré, à l'image de Loved One, saccadé, le public français, bien connu pour son rythme musical surdimensionné, s'y perd, se fait bousculer. Tellement bousculé que le titre Dead Wrong, sorte de tube sur Will The Guns Come Out, semble plus popeux, mais c'est une fin irrésistiblement garage qui nous est offerte, jouant de ses amplis feutrés, du son distordu de sa guitare, de larsens maîtrisés : la création d'un grabuge fabuleux. Une guitare intrinsèque à l'artiste, comme il sait le prouver sur l'intro de Build. Destroy. Rebuild.

Chacun dans son monde, le batteur, dans une espèce de trans organique tribale (vous imaginez la chose), Hanni El Khatib jouissant, physiquement puissant, hurlant, s'éraillant, faisant hurler sa guitare avec lui et s'épuisant de ses riffs, le guitariste de son look jeune punk Guns'N'Roses, j'ai les cheveux longs, apporte beaucoup en chœurs, aux claviers aussi - on regrette d'avoir les cheveux courts, quand on le voit s'adonner à des rituels de balanciers capillaires - dans son monde donc, explose pourtant dans un vrai show de groupe, une baffe, je te dis.

Il n'y avait pas besoin de beaucoup me convaincre encore depuis ma première écoute de l'album Will The Guns Come Out, mais c'est adopté, El Khatib est d'ores et déjà un artiste qui marque son temps de sa musique, teintée de cette bonne vieille Amérique, qui pourtant reste intemporelle.

En concert le 29 juin prochain aux Eurockéennes de Belfort.

HANNI EL KHATIB



 

Les photos sont de Jacob Khrist.
Un grand merci à Émilie Butel (Because Music) - you rock !

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